La confiance en soi

Confiance en soi : l’hypnose peut-elle vraiment faire quelque chose ?

Rencontre avec Ève-Élisabeth Martin, hypnothérapeute

Paris, janvier 2026- Ève-Élisabeth Martin ne correspond pas au cliché de l’hypnothérapeute. Pas de voix suave, pas d’encens dans son cabinet parisien. La femme qui me reçoit a passé vingt ans à négocier avec des ministères chinois et à produire des spectacles pour 400 personnes. Un parcours qui force le respect et soulève une question : comment passe-t-on de l’événementiel international de haut niveau à l’accompagnement thérapeutique individuel ?
« L’hypnose est validée par les neurosciences », précise-t-elle d’emblée. « On voit l’état hypnotique à l’IRM fonctionnelle. Ce n’est pas parce que ça ne passe pas par un médicament que c’est moins sérieux. »
La vraie question, celle qui intéresse tout le monde : l’hypnose peut-elle réellement agir sur quelque chose d’aussi intime et complexe que la confiance en soi ?
Du spectacle vivant aux profondeurs de l’inconscient
De 1998 à 2018, Ève-Élisabeth dirige une agence événementielle spécialisée dans les échanges France-Chine. Au programme : festivals internationaux, événements diplomatiques et chaque année la coordination de délégations de 400 artistes européens sur les plus grandes scènes chinoises. « L’inauguration du barrage des Trois Gorges, l’Exposition universelle de Shanghai… C’était une vie intense et passionnante. »
Mais parallèlement, elle pratique déjà l’hypnose. « J’accompagnais les artistes pour gérer leur trac. Des chanteurs tétanisés qui ne pouvaient plus monter sur scène, des danseurs bloqués par l’angoisse. Environ 400 par an. »
C’est cette double casquette qui finit par créer un déclic. « Je voyais des transformations rapides, parfois immédiates et surtout durables. Plus efficaces que des mois de travail psychologique classique dans certains cas. J’ai compris que c’était là que je voulais consacrer mon énergie. »
En 2007, elle tranche. 2008 sera pour elle les Jeux Olympiques de Pékin et un cabinet d’hypnothérapie à temps plein. « Mes proches ont cru que je perdais la tête. Quitter un job génial pour une pratique encore marginale en France… Mais moi j’étais ravie »
Aujourd’hui, elle jongle entre consultations individuelles à Paris, à Vierzon et en distanciel « partout dans le monde ». Elle crée également des contes thérapeutiques audio pour enfants. Et certains bruits de couloirs semblent dire qu’Eve Martin n’a visiblement pas fini d’innover.
Nuance entre Confiance et estime de soi
Première clarification nécessaire : confiance en soi et estime de soi ne sont pas synonymes. « C’est une confusion courante qui empêche beaucoup de gens de progresser », explique Ève. « La confiance en soi, c’est situationnel. Vous pouvez avoir confiance en vous pour faire une présentation mais être paralysé à l’idée d’aborder quelqu’un dans une soirée. C’est ponctuel et lié à une situation précise. »
L’estime de soi, c’est différent. « C’est votre sentiment global de valeur personnelle. Indépendamment de vos performances. Certains de mes clients sont des cadres brillants qui réussissent tout professionnellement mais se détestent profondément. Ils ont confiance dans leurs compétences avec, par ailleurs, zéro estime d’eux-mêmes. »
Cette distinction change radicalement l’approche thérapeutique. « Pour la confiance, on travaille sur des situations précises, des compétences et des outils concrets. Pour l’estime, on va beaucoup plus en profondeur. On touche à l’identité, aux blessures d’enfance et à la valeur fondamentale qu’on s’accorde en tant qu’être humain. »
L’hypnose face aux troubles anxieux : des résultats concrets
Ève évoque un mémoire rédigé par un infirmier en centre médico-psychologique qu’elle a récemment lu. « Ce document porte sur une personne suivie pendant des années. Troubles anxieux généralisés, attaques de panique, agoraphobie sévère. Le genre de cas complexe qui nécessite un accompagnement pluridisciplinaire lourd. »
Le protocole décrit ? Quatre séances d’hypnose spécifiquement centrées sur le « renforcement du moi », en complément du suivi psychiatrique et psychologique. « L’évolution a été mesurée avec l’échelle de Rosenberg, un outil validé scientifiquement pour évaluer l’estime de soi. »
Les résultats sont éloquents. « Score de 22 sur 40 au départ – ce qui indique une estime de soi très faible. 24 après les quatre séances. 25 un mois plus tard, après que la personne ait affronté seule une situation qu’elle redoutait : une formation professionnelle. »
Les chiffres peuvent sembler modestes. Mais pour cette personne, le changement a été radical. « Elle a réussi à sortir de chez elle après des années d’isolement, à arrêter l’alcool et à se marier. Aujourd’hui elle prépare une formation qualifiante en informatique, sa passion. C’est quelqu’un qui a retrouvé une vie. »
Le mécanisme : comment l’hypnose reprogramme le cerveau
Le fonctionnement est fascinant. « Notre cerveau crée des autoroutes neuronales », explique Ève. « Des chemins automatiques qu’on emprunte face à certaines situations. Quelqu’un qui a intégré « je suis nul » depuis l’enfance va systématiquement activer ce circuit devant un défi. »
L’hypnose permet de créer de nouveaux chemins. « Pendant la transe hypnotique, l’esprit critique se met en retrait. On accède directement à l’inconscient. On peut alors aller chercher des ressources oubliées, ancrer de nouvelles sensations et modifier l’interprétation automatique des événements. « 
L’exemple documenté dans le mémoire illustre parfaitement le processus. « En séance, un ancrage avait été travaillé : serrer le poing associé à des sensations de force intérieure. Des mois plus tard, lors d’une formation, la personne s’est retrouvée à utiliser ce geste spontanément, de façon totalement inconsciente, dans les moments de stress. Son cerveau avait intégré le nouvel outil et savait quand l’activer. « 
Ce n’est pas de l’autosuggestion classique. « Ces personnes savent rationnellement qu’elles ont de la valeur. Le problème, c’est qu’elles ne le ressentent pas au niveau viscéral. L’hypnose court-circuite le mental pour parler directement à l’inconscient, là où se logent les croyances profondes. »
Les métaphores : le langage de l’inconscient
Sur son bureau, un carnet rempli de métaphores soigneusement notées. L’arbre qui plie sans rompre, la graine qui devient chêne, le skateboardeur qui remonte après chaque chute. « C’est le langage naturel de l’inconscient », explique Ève.
L’approche est élégante. « On ne dit pas frontalement à quelqu’un ‘ayez confiance’. Son esprit critique le rejetterait immédiatement. On lui raconte plutôt l’histoire d’un arbre qui traverse les tempêtes ou d’une graine qui devient forêt. L’inconscient fait les connexions tout seul. »
Cette technique indirecte contourne les résistances naturelles. « Quand je travaille avec un client, je cherche ses métaphores. Celles qui parlent à son vécu. »
Elle me raconte un cas qui l’a marquée. « Un homme adorait le skateboard à l’adolescence. C’était sa passion. Le moment de sa vie où il avait confiance, maîtrise et liberté. Je l’ai simplement aidé à reconnecter avec cette partie de lui-même. Sous hypnose, il a revu le grain de la route, les troènes environnants. Il a retrouvé les sensations exactes. »
Reprogrammer le rapport à l’échec
Un des axes majeurs du travail d’Ève : transformer la façon dont l’inconscient interprète l’échec. « Dans notre société, l’échec est devenu toxique. Au moindre revers, les gens se disent ‘je suis nul’ plutôt que ‘cette stratégie n’a pas fonctionné’. »
Le travail sous hypnose vise à reprogrammer ces circuits automatiques. « Prenez quelqu’un qui, face à un échec, active immédiatement le circuit ‘je suis nul, je n’y arriverai jamais’. Cette réaction émotionnelle est plus rapide que la pensée rationnelle. En hypnose, on crée un nouveau circuit : ‘données à analyser, ajustement nécessaire et nouvelle tentative’. »
Ce n’est pas du simple « positive thinking ». « On ne travaille pas au niveau conscient. On reprogramme les réponses émotionnelles automatiques, celles qui se déclenchent avant même que vous ayez le temps de réfléchir. »
L’histoire de Thomas Edison revient souvent dans ses séances. « Mille tentatives avant d’inventer l’ampoule. Quand un journaliste lui a demandé comment il avait supporté 999 échecs, il a répondu : ‘Je n’ai pas échoué 999 fois, j’ai trouvé 999 façons de ne pas fabriquer une ampoule.’ » Cette réinterprétation, ancrée sous hypnose, modifie durablement le rapport à l’expérimentation et à la prise de risque.
Les neurosciences confirment cette approche. Des études montrent que l’hypnose active les zones du cerveau impliquées dans la réévaluation cognitive et la régulation émotionnelle.
Combien de séances pour des résultats ?
La question revient systématiquement. « Il n’y a pas de formule magique », répond Ève avec franchise. « Certains clients ressentent un déclic dès la première séance. D’autres ont besoin de plusieurs mois. Tout dépend de la profondeur du problème, de l’ancienneté des blessures et de la capacité de la personne à entrer en transe. »
Dans le cas documenté qu’elle a lu, quatre séances ciblées avaient suffi après des années de suivi global. « Mais attention, l’hypnose s’inscrivait dans un parcours complet. Elle ne remplaçait rien et venait en complément. »
Ce qui se produit généralement : « Un mouvement s’enclenche. Même si les mesures objectives ne montrent qu’une légère amélioration immédiate, quelque chose est planté. Comme une graine qui va germer à son rythme propre. »
Elle marque une pause. « Le problème du monde thérapeutique moderne, c’est l’obsession du résultat immédiat et mesurable. Mais la psyché humaine ne fonctionne pas comme ça. Parfois, il faut accepter de planter des graines et de laisser le temps faire son œuvre. Les transformations les plus profondes ne sont pas toujours les plus rapides. »

Les enfants de 6 ans qui se disent « nuls »
Depuis octobre 2025, Ève a lancé « Les Contes Qui Donnent Confiance », une collection d’histoires thérapeutiques audio pour enfants. Le projet lui tient particulièrement à cœur. « J’en ai assez de voir arriver en consultation des enfants de 6 ans qui disent déjà ‘je suis nul’. Des ados convaincus que personne ne les aime. Cette hémorragie de confiance commence de plus en plus tôt. »
Les causes sont multiples. « Système scolaire hyper-compétitif, réseaux sociaux, parents anxieux qui transmettent malgré eux leurs propres peurs et société de la performance immédiate… Le résultat est là : des gamins qui n’osent plus lever la main en classe, qui se laissent malmener et qui abandonnent avant même d’essayer. »
Ses contes utilisent les principes de l’hypnose ericksonienne adaptés aux enfants. « Ce ne sont pas des histoires pour endormir. L’enfant écoute le récit d’un petit oiseau qui apprend à voler malgré ses peurs et son inconscient continue de travailler pendant le sommeil. On réinstalle progressivement la permission d’être imparfait, d’apprendre et de grandir. »
Les retours sont encourageants. « Des parents me rapportent que leurs enfants, après quelques écoutes, osent davantage. Ils lèvent la main en classe, acceptent d’aller à des anniversaires et essaient de nouvelles activités. » Ève précise : « Ce n’est pas un substitut à un suivi thérapeutique quand c’est nécessaire. C’est un outil de prévention et d’accompagnement quotidien. »
Former à l’autonomie plutôt que créer la dépendance
Ève enseigne systématiquement l’auto-hypnose à ses clients. « Mon objectif, c’est de les rendre autonomes. Je leur transmets des protocoles : ancrages gestuels, visualisations et phrases-clés pour réactiver le travail fait en séance. Ils repartent avec des outils qu’ils peuvent utiliser seuls. »
L’exemple du cas documenté est parlant. « La personne ne consulte plus. Elle a intégré ses outils. Elle peut désormais, où qu’elle soit, retrouver instantanément cette sensation de force intérieure en serrant son poing. C’est un succès thérapeutique complet. »
Cette approche pourrait sembler contre-productive économiquement. « Au contraire », sourit Ève. « Les gens qui vont mieux en parlent autour d’eux. Et puis j’ai développé un modèle complémentaire avec les contes audio. Je crée une fois et je vends de multiples fois. C’est plus cohérent avec ma vision : rendre les outils accessibles au plus grand nombre. »
Une pratique en constante évolution
Après trente ans de pratique, Ève continue d’affiner son approche. « Je ne me suis jamais reposée sur mes acquis. Je continue de me former, de lire les dernières recherches en neurosciences et d’expérimenter de nouvelles techniques. »
Sa prochaine exploration ? Les fréquences binaurales et l’audio spatial 3D pour renforcer l’efficacité de ses enregistrements thérapeutiques. « La technologie évolue. Les outils pour accéder à l’inconscient aussi. »
Ce qui la motive aujourd’hui : « Le besoin grandit. Avec l’instabilité du monde et l’inflation des troubles anxieux, les gens ont besoin d’outils pour retrouver leur centre et leur force intérieure. L’hypnose n’est pas une solution miracle, mais c’est un levier puissant de transformation. »
En pratique
L’hypnose pour la confiance en soi s’adresse à :
Personnes souffrant d’anxiété chronique ou de troubles anxieux généralisésSyndrome de l’imposteur (très fréquent chez les cadres et professions intellectuelles)Phobies sociales, agoraphobieArtistes et performers confrontés au tracEnfants et adolescents en perte de confiancePersonnes traversant des transitions de vie majeures (reconversion, séparation, deuil)
À savoir :
L’hypnose ne remplace ni psychothérapie ni traitement médical quand nécessaireLes résultats varient selon les personnes et la profondeur du problèmeL’état hypnotique est aujourd’hui observable à l’IRM fonctionnelleCompter entre 3 et 10 séances en moyenne pour un travail sur la confianceTarifs pratiqués : généralement entre 80 et 150€ la séance (non remboursée par la Sécurité sociale, parfois prise en charge par certaines mutuelles)
En fin d’entretien, Ève revient sur ce qui fait l’essence de son travail : « La confiance en soi n’est pas un état permanent qu’on atteint une fois pour toutes. C’est comme un jardin : ça se cultive, ça s’arrose et ça demande de l’attention. L’hypnose donne les outils et crée les conditions favorables. Mais c’est la personne qui fait pousser ses propres fleurs. Mon rôle, c’est de l’aider à se souvenir qu’elle sait jardiner. »
Une belle métaphore pour conclure.
Contact :
Ève-Élisabeth Martin
Hypnose et PNL
06 62 63 15 10
jevaisbien.net
Les services fournis par Ève-Élisabeth Martin ne doivent en aucun cas se substituer aux conseils et consultations d’un professionnel qualifié en matière médicale. Si vous êtes suivi par un professionnel de santé, il est recommandé de l’informer avant de recourir à ces services.




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